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Note individuelle
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#Générale#Le mariage de Clodomire CHANCEL avec son cousin germain Placide ARDUIN en 1831 a mis aux prises d'un coté ces deux familles, le Procureur du Roi DESGRANGES, le maire FAURE et le sous-préfet VIEL et de l'autre le colonel ROUL, Commandant de la place de Briançon, l'évêque de Gap et le curé.
Mais qui était le Colonel ROUL ? Un vieux soldat, né en 1775 à Villard-Saint-Pancrace, parti en 1793 comme volontaire pour défendre la République et la Nation. Il a participé aux campagnes d'Allemagne, d'Egypte... Soldat, sous-officier, officier aimé de ses hommes et de ces chefs, impertubable chargeur à Saint Jean d'Acre, à Ulm, à Austerlitz, à Wagram, moins heureux en Espagne, il lui fallut dix-sept ans de service, seize campagnes et dix-sept blessures ( coups de bayonnettes, balles, coups d'épée..) pour gravir patiemment tous les grades jusqu'à celui de lieutenant.
Pendant la campagne de France il accomplit des prodiges et est promu chef d'escadron le 12 mars 1814.
Supportant mal la défaite et l'abdication de Napoléon, il va le rejoindre à l'Ile d'Elbe, débarque avec lui à Golfe Juan. A Waterloo membre de l'Etat-Major de la Garde, il fut ramassé sans vouloir fuir. Il s'exile ensuite, Louis XVIII ayant exclu de l'amnistie ceux qui ont joué un rôle dans l'organisation des cent jours. En 1816 il est à Philadelphie aux Etats-Unis puis part en Amérique latine participer aux combats de libération. Rentré en France en 1818, il est assigné à résidence dans l'ouest et y reste jusqu'en 1830. A la faveur de la révolution de juillet, ROUL promu colonel obtient le commandement de la place de Briançon où il ne reçut pas, semble-t-il, un accueil délirant de la part des autorités civiles et des notables qu'il soupçonnait d'être restés "carlistes". Le 24 mai 1831, donc, Placide ARDUIN devait épouser sa cousine germaine Clodomire CHANCEL Il leur fallait donc une dispense et un local leur était nécessaire.Ils obtinrent du lieutenant-colonel DELPHIN une fort grande pièce à l'hopital militaire qui venait d'être construit et qui n'était pas encore en sevice. Seul de tous les notables briançonnais et des environs, le colonel ROUL n'avait pasété invité.
Les familles ARDUIN et CHANCEL avaient donné à l'évêque de Gap 200 francs pour les démarches à faire en cour de Rome en vue de la dispense. L'évêque prétend ensuite n'en avoir reçu que 150 et le curé de Briançon accuse les deux familles d'avoir minoré leur situation de fortune et de revenus afin de réduire leur contribution. Il refuse même de délivrer la dispense obtenue de Rome.
Malgré tout de grands préparatifs pour la noce avaient été faits et, comme le curé avait jugé bon de s'absenter le jour venu, on décide de passer outre au mariage religieux et d'aller à la mairie.
" Mais l'autre obstacle (sabre après goupillon), écrit le Procureur du Roi, devait encore augmenter les ennemis des deux familles. Les invités à la noce se sont rendus hier chez Monsieur Chancel. Tous les officiers supérieurs du cinquante-quatrième régiment, ceux de l'artillerie, du génie militaire, les intendants, le directeur du nouvel hopital militaire, le sous-préfet, le maire, les membres du tribunal, les employés de toutes les administrations, les principaux habitants, en un mot le quinzième au moins de la population de la ville, se trouvaient réunis dans les appartements de Monsieur Chancel. On allait partir pour se rendre à l'hotel de ville, lorsqu'on apprend que l'officier supérieur commandantla place, Roul, venait de donner la consigne de ne laisser rentrer qui que ce soit dans l'hopital militaire où une table de 110 couverts avait été dressée depuis la veille. Or le colonel commandant le génie, Delphin, et messieurs les intendants seuls avaient qualité pour concéder ou refuser cette pièce. Mais le colonel Roul avait fait comme le curé, il avait quitté la ville. De concert avec Monsieur le sous-préfet Viel et Monsieur le maire Faure, nous décidons de nous adresser au colonel Négrier commandant le cinquante-quatrième régiment et officier le plus ancien dans le grade le plus élevé après le colonel Roul. Il partageait la peine que faisait éprouver à chacun la position pénible de ces deux familles, mais il ne pouvait rien sur la consigne et n'osa pas déclarer que le colonel Roul était légalement absent. Les Arduin se décident alors à faire enlever les tables dressées à l'hopital militaire, déjà les garçons et traiteurs de la ville, car tous travaillaient à ce repas, emportaient les chaises, les plats, mais une fois sortis, impossible de rentrer. Ceux qui sont à l'intérieur se hâtent d'appeler à leur aide les employés du nouvel hôpital et voilàque trente nouveaux garçons, tous étrangers, tous inconnus du traiteur sont chargés d'enlever le couvert.
Le sang risquait à tout moment d'être versé. Le frère de l'épouse, hors de lui, était prêt à faire intervenir ses portefaix, ses conducteurs de diligence, ses routiers, ses nombreux amis, la population toute entière qui allait, pourfaire lever la consigne, mettre sans doute la ville en danger. Alors les magistrats de la ville ont adressé au colonel Négrier un réquisitoire: "les choses en sont à ce point que si la consigne qui donne lieu à nos réclamations n'est pas levée, vous aurez à employer la force pour éxécuter. Nous vous le répétons il y a urgence. Et de par le Roi, nous vous requérons de la faire lever". Nous l'avons prié de faire droit à nos réquisitions prononcées à haute voix devant la population attirée par la curiosité en assez grand nombre pour encombrer les rues. Le colonel Négrier y fit droit et la consigne fut levée. La noce va à l'hotel de ville. Bientôt un officier de garde accourt annonçant qu'il va être arrêté pour avoir obéi à ses ordres, que le colonel commandant la place est rentré et demande une compagnie de grenadiers pour faire respecter ses consignes. Monsieur le colonel Négrier s'empresse de courir chez le commandant de la place, qu'il sut convaincre d'être raisonnable. Le repas a pu être enfin servi. Voilà où ont été en butte deux familles les plus considérées et les plus influentes."
Il reste à élucider si le mariage religieux a fini par être célébré.
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